Portier de nuit : l’objet du scandale
paquita | 11 mai 2012
Réalisé en 1974, Portier de nuit fit scandale à sa sortie, le trauma de la seconde guerre mondiale étant encore vif. Ce scandale se situe à l’intersection de plusieurs lignes de fuite : le thème d’un amour “contre-nature” entre un officier allemand et une jeune-fille déportée, la décadence extrême des mœurs nazies dans le camp de concentration et leur mise en scène hyper esthétisée par une femme, Liliana Cavani.
Vienne, 1957. Il pleut. Un homme élégant marche dans la rue. Il se rend à son travail, dans un hôtel chic où il occupe un poste de réceptionniste de nuit. Cet homme impeccable à la mine désabusée est en réalité un ancien officier SS. L’ancien tortionnaire qui vit discrètement dans sa « taupinière», va brutalement se retrouver face à son destin. Surgie du passé, Lucia, une ancienne victime et amante, débarque à l’hôtel avec son mari. La frêle jeune-fille est devenue une femme du monde, mais ni l’un ni l’autre n’ont oublié leur relation sulfureuse. Pressé par d’anciens collaborateurs de se débarrasser de ce témoin gênant, Max, sorte d’Humbert Humbert (Lolita) toujours épris de celle qu’il nomme « ma petite-fille », s’enfermera avec elle chez lui, comme autrefois dans ce camp de concentration, qu’ils n’ont, in fine, jamais quitté. Ils retrouveront pour quelques jours l’intensité de cette passion amorale, dans laquelle les rapports de forces s’inversent, jusqu’au tragique. Dirk Bogarde et Charlotte Rampling (sublime dans la scène où elle reprend une chanson de Marlène Dietrich) nous livrent ici une interprétation brûlante et brillante de ce couple maudit, qui continue de fasciner des générations de cinéphiles.
La réédition du film en DVD est accompagnée d’une interview de Liliana Cavani, indispensable pour comprendre les motivations artistiques de la réalisatrice.
Paru en 1953, L’arrache-cœur * est un roman moderne et particulièrement déstabilisant. L’invention langagière y fusionne avec la mise en scène d’une société aliénée, tandis que de purs fragments de poésie y côtoient des incongruités de tout poil :
Article paru dans le n° 92 de
Monster est un film de femmes, réalisé par une femme, Patty Jenkins, mais avec une portée universelle. Il soulève, au-delà du fait-divers sordide, des problématiques économiques et sociales qui entraînent inévitablement, leur cortège de misères affectives et de destruction.
Ici il faut souligner l’ incarnation magistrale de Charlize Théron, légitimement récompensée en 2003 pour ce rôle hors-norme. Servie par une métamorphose physique stupéfiante, elle s’accorde parfaitement avec l’interprétation de cette femme aux blessures multiples, à vif et pourtant débordante d’énergie. Bourrée de contradictions et d’un mal de vivre que l’abus d’alcool n’apaise en rien, elle n’en est pas moins pourvue d’une logique qui est celle de la rue et de la survie. Dans une scène particulièrement symbolique, elle développe en termes poignants et parfaitement intelligibles, sa ”théorie” du meurtre, laquelle se fonde sur son expérience de l’homme, balayant une moralité ou une conscience dont ces derniers, par machisme ou hypocrisie chrétienne, se seraient défaits. Pendant toute la durée du film, c’est Aileen que nous voyons évoluer, se malmener et malmener les autres, se battre avec une intelligence forgée dans la violence et la solitude, aimer avec l’abnégation des gens de foi et le fanatisme d’un manque affectif abyssal. A aucun moment, la réalisatrice ne sera tentée de la rendre moins abîmée à l’image, un peu plus attrayante. L’intégrité fut, semble-t-il, l’attitude-reine de ce tournage et confère au film une force d’attraction peu commune.
Paru en 1980 et sous titré Conte parabolique, Evguénie Sokolov est un roman concis au style classieux, tout-à-fait dans l’esprit fin-de-siècle et plus précisément “Je m’en foutiste”. Il se présente comme une grosse blague, voire un délire scatologique, mais recèle en réalité bien des pistes de lectures sur l’auteur, son œuvre, sa conception de la création ou encore sa vision des rapports humains.
Paru en 2001 et Prix Décembre la même année, Le Cri du sablier est le second roman de
Publié en 1929, A room of owner own est un essai éminemment précieux, tant par son discours que par sa forme. Le thème qu’il réfléchit - les femmes et le roman - a beaucoup nourri l’imaginaire masculin des romanciers, essayistes et autres psychanalystes. Il reste encore aujourd’hui bourré de clichés : Ah ! le “mystère” de la femme, cet être lunaire dont on ne peut saisir l’essence que par la poésie ou la forme romanesque, prolongement naturel, voire miroir de la psyché féminine…
Un article plus synthétique est paru dans le n° 89 de
Habituellement, je n’aime pas les comédies musicales pour bambins : c’est hystérique, mièvre et ça fait du bruit. Je n’avais donc jamais vu ce film (sorti en 1964) et m’en faisait une idée calquée sur mes préjugés : cul-cul la praline, vieillot, probablement moraliste, etc. Mais à mon grand étonnement j’ai découvert une véritable perle ! Il y a bien un miracle Mary Poppins, une étonnante alchimie qui opère et vous fait redevenir enfant, comme si vous n’aviez jamais quitté cet état.
Voici une BD française (oui môssieur, oui mâdame) au format comic book et à l’esprit fanzine qui mérite le détour ! Constitués de treize récits, les Petits contes cruels pour grands enfants pas sages puisent aux sources du climat expressionniste avec une délectation communicative : perspectives bancales, personnages effrayants, histoires burlesco-morbides, bref tout ce qu’on aime !




