Le Cri de la Virgule

Chroniques culturelles indépendantes.
  • rss
  • Accueil
  • C’est quoi le Cri de la Virgule ?
    • Nevermind Mai 68 ?
    • La Gerbe : extrait
    • Presse locale
    • Mon C.V
  • Galerie photos
    • “Femmes-bijoux” : un essai photographique
  • Tous les articles
  • Concours de la Nouvelle Fantastique et Policière
    • Cru 2009
    • Cru 2010
  • Contact

Control : beautés et dangers du biographique

paquita | 21 février 2010

controlOk, je suis fan de Joy Division. Ce n’est cependant pas une raison pour avaler tout et n’importe quoi, dans l’espoir de ressusciter le cadavre… Bon, Control, ça n’est pas n’importe quoi et pour cause. L’exercice fut hautement périlleux : adapter au cinéma le récit de la vie d’un chanteur de rock mort à 24 ans, conjointement à la naissance d’un groupe qui deviendra culte et intronisera du même coup un genre à part entière : la Cold Wave.

Comme beaucoup d’étoiles filantes, le destin de Ian Curtis, l’opacité du personnage, fascinent. On peut d’ailleurs supposer qu’il demeurait un large mystère pour lui-même. Jusqu’ici, on sera d’accord avec l’interprétation filmique. Malheureusement, elle n’échappe pas à ce qu’il peut y avoir de plus déplaisant dans ce type d’exercice : un excès de pathos. Cet excès ne concerne pas l’intégralité du film, mais ce dernier commence à s’enliser disons, peu après le milieu du récit. Certes, on peut arguer que cet enlisement de la narration ne fait que mimer l’enlisement moral et psychologique du “personnage Ian Curtis”, héros romantique des années Thatcher. Néanmoins, je crois que l’erreur fatale du scénario fut de montrer tout ce qui précède le suicide, de faire monter la pression jusqu’à son paroxysme, le dégoût de Ian pour lui-même et les autres, jusqu’à ne plus entrevoir qu’une solution pour en finir avec la souffrance (l’épilepsie, le déchirement affectif et la notoriété devenus ingérables). C’est là que je m’interroge : faut-il exhiber à ce point la douleur psychique d’un individu, en suivre pas à pas la progression insoutenable et inéluctable de son délabrement ? N’est-ce pas une manière de violer la mémoire du suicidé, une appropriation voyeuse du mythe, jusque dans le moment le plus intime et tragique de son existence ? Enfin, est-il pertinent, du point de vue cinématographique, d’exhiber toute la “mécanique” du suicide ? A l’image du “son Joy Division”, exprimant avec froideur une intériorité sombre mais riche, j’aurais préféré un peu plus de sobriété, un voile de pudeur sur ces derniers instants. Je n’imagine même pas le martyre de l’acteur, excellent au demeurant. Autre problème majeur : le scénario s’inspire énormément du récit de Deborah Curtis, ex-femme de Ian. Cette biographie partisane, publiée de longue date chez le mythique éditeur Camion Blanc, est celui d’une femme bafouée, persuadée que la faute extra-conjugale de son mari fut initiée par sa maîtresse (journaliste belge), ce dont on peut fortement douter si l’on tient compte de l’extrême fragilité émotionnelle du chanteur. Au delà d’une forme de réparation économique et le rétablissement d’une vérité toute personnelle, la rancœur est et restera semble-t-il, la motivation principale de la veuve.

Pour en finir avec ce film douloureux, revenons tout de même sur ces aspects positifs, sur les choix artistiques d’Anton Corbijn. Proche de Ian Curtis et photographe de Joy Division (entre autres) son noir et blanc sublime l’esthétique du décor Manchesterien et accentue la tragédie à venir. On reconnait le savoir-faire du photographe dans le choix du cadrage, de la composition des plans, dans la maîtrise de la lumière. Autre point fort avec la bande-son, spécialement enregistrée pour l’occasion, étonnament fidèle. L’interprétation des acteurs et la restitution du climat général de l’époque sont tout à fait crédibles : fin du punk, chômage, grande créativité musicale des enfants du prolétariat. Le film aurait juste gagné en élégance à persévérer dans les contrastes émotionnels, au lieu de plonger dans l’horreur de la dépression. Pour faire un mauvais jeu de mots, Control a quelque peu “perdu le contrôle”…
Il reste pourtant un film à voir, à apprécier pour ce qu’il a osé, qu’on soit fan ou pas.

Commentaires
Pas de Commentaires »
Catégories
Cinéma
Tags
Control, Ian Curtis, Joy Division
Flux rss des commentaires Flux rss des commentaires
Trackback Trackback

Gabrielle Wittkop : celle qui sentait le souffre

paquita | 1 février 2010

L’art a le droit de s’engager dans le royaume de nos pensées les plus secrètes… C’est son privilège. Walerian Borowczyk

Née en 1920, on pourrait dire de Gabrielle Wittkop qu’elle fût un peu le “maillon manquant” au féminin, d’une gabilittérature dite de la transgression. C’est d’ailleurs à ce type de critère (écrivain souterrain, quasi-invisible du grand public) que l’on reconnait la plupart du temps, une œuvre originale et pérenne. Héritière du décadentisme et de la cruauté, solidement plantée entre les piliers de l’histoire littéraire que sont Huysmans et Sade, cette auteure sulfureuse au style classique mais nullement moribond, maniait avec brio une langue précise et brûlante, toujours exigeante. Ces fictions empruntaient souvent la forme du journal, le mode de la confession soudain exhibée. Ainsi c’est à un voyage initiatique que nous vous invitons, sur les terres grisantes de Gabrielle, à la lumière ténébreuse de deux de ces romans : Le nécrophile (1972) premier roman et “coup de maître” paru chez Régine Desforges et La marchande d’enfants (2003) publication posthume.

Comme l’annonce Le Nécrophile, la mort et la sexualité seront omniprésents dans les textes de “La Wittkop”. Essayer necrophiled’imaginer le scandale que cette thématique morbide, pensée et élaborée par une femme a pu provoquer au début des années 70, est une gageure. On tentera simplement d’esquisser un croquis de ce texte somptueux, sans en dévoiler les arcanes majeures : un homme raconte à travers son journal intime sa préférence contre-nature pour la nécrophilie, terme qu’il ne s’attribuera que tardivement dans le récit. Antiquaire de profession, il nous fait pénétrer dans un univers mental ou les codes sociaux et la raison sont continuellement transgressés, où les goûts et les dégoûts s’inversent, où le plaisir se prend sans l’accord de l’autre-muet, dans l’angoisse et dans la honte. Le journal intime lui permet de se livrer “corps et âme” avec une candeur plus monstrueuse que l’acte lui-même, et de projeter à la face du lecteur absent (car le journal ne s’adresse qu’à soi-même) cette passion déliquescente qui le dévore, car les cadavres ne “durent” pas. Et cependant, la répétition de ces pratiques secrètes semble conférer une forme d’immortalité au geste nécrophile, une addiction même.

L’immense foule endeuillée se pressait dans les allées, parmi des gloires de chrysanthèmes et l’air avait la saveur amère, enivrante de l’amour. Eros et Thanatos. Tous ces sexes sous la terre, y pense-t-on jamais ?

Cette attraction malsaine trouvera quelque explication dans la mémoire du narrateur, faisant de la mort sa madeleine, et de son journal, un “pur” fragment de poésie noire.

La marchande d’enfants sent bon le XVIII ème siècle et le roman par lettres. Il semble que Gabrielle Wittkop marchande_enfantsavait décidé d’explorer et de repousser jusqu’au bout, et du genre et de sa vie, les limites de l’indécence. Les limites de ce qu’une femme peut se permettre d’écrire, ce dont il faut lui rendre grâce. Nous sommes à la veille de la révolution française. Une femme raconte et conseille à une amie et “consoeur”, comment elle doit s’y prendre pour faire tourner son “commerce”. On aura compris par le titre, de quel type de commerce il s’agit. Moins angoissé car moins introspectif que Le nécrophile, ce roman historiquement informé, plonge le lecteur dans un voyeurisme délicieusement coupable. Il pose lui aussi la question de la norme sexuelle, de l’hypocrisie généralisée d’un siècle dans lequel le raffinement et la barbarie faisaient “bon ménage”. On peut parler de texte politique, au sens moral de ce que l’on nomme aujourd’hui le “politiquement correct” et au sens idéologique, l’humanisme censé fonder l’esprit de la révolution, révélant paradoxalement son côté obscur.

Je me souviens avoir assisté, il n’y a pas si longtemps, à l’abominable spectacle du char à Pataclin où l’on entassait putes et maquerelles menées à Bicêtre, sous les huées d’une populace qui, n’en doutons pas, se ruait derechef vers ses taudis pour y copuler à la manière des verrats.

Ce qui est frappant et qui relie ces textes, c’est la force avec laquelle la voix des personnages s’incarne, la puissance avec laquelle leurs discours s’animent. Il faut avoir une longue expérience de la vie et une fine connaissance du coeur humain pour parvenir à un tel degré de compréhension interne, doublée d’une remarquable intelligence du texte. Il y a fort à parier qu’à travers ses personnages de paria, G. W. déploya ce que nulle autre femme auparavant n’avait osé : l’envers le plus cruel, le plus odieux, le plus amoral de la figure humaine. Pour les lecteurs assidus de Gabrielle Wittkop, l’écrivaine demeurera l’Erzsébet Bathory de la littérature, un peu vampire et beaucoup écrivain.

Commentaires
Pas de Commentaires »
Catégories
Au fil de ma bibliothèque
Tags
anticonformisme, Gabrielle Wittkop, Littérature
Flux rss des commentaires Flux rss des commentaires
Trackback Trackback

Catégories

  • Au fil de ma bibliothèque
  • Cinéma
  • Musique
  • Spectacles/Concerts

Articles récents

  • Une chambre à soi - Virginia Woolf
  • Relax : la colère post-punk de FRUSTRATION
  • Mary Poppins : fantaisie et anticapitalisme !
  • Petits contes cruels pour grands enfants pas sages : à table !!!
  • L’ange de la vengeance : Abel Ferrara

Pages

  • C’est quoi le Cri de la Virgule ?
    • La Gerbe : extrait
    • Mon C.V
    • Nevermind Mai 68 ?
    • Presse locale
  • Concours de la Nouvelle Fantastique et Policière
    • Cru 2009
    • Cru 2010
  • Galerie photos
    • “Femmes-bijoux” : un essai photographique
  • Tous les articles

Mots-clés

amazone anticonformisme Bret Easton Ellis cabaret chanson réaliste Cinéma Cold Wave Control Crève-coeur Daniel Darc David Cronenberg Death Rock Diamanda Galas dualité essai Etats-Unis expressionisme féminisme Festival Chorus Françoise Sagan Frustration Gabrielle Wittkop Gitane Demone Gothic Rock humour J.G. Ballard Le Cirque des Mirages Littérature mémoire Marion Zimmer Bradley Masumura Maxi Magic Monster Show Montrouge Magazine narration noir et blanc nouvelle vague japonaise Paul Auster poésie Post-Punk roman contemporain science-fantasy sexualité The Crystalles Virginia Woolf Yvette Leglaire

Liens

  • Brunch Musical
  • Cara Barer
  • Cine Studies
  • Cinemasie
  • Fluctua.net
  • Fondation La Poste
  • Fouissons !
  • Gabrielle Wittkop
  • Le Cirque des Mirages
  • Le tiers livre
  • Sleeveface
  • Soga

Méta

  • Connexion
  • Articles RSS
  • RSS des commentaires
  • WordPress.org
rss Flux rss des commentaires valid xhtml 1.1 design by jide powered by Wordpress get firefox