Relax : la colère post-punk de FRUSTRATION
paquita | 24 juin 2010
A l’origine de tout processus créatif, il y a un sentiment d’inconfort, une pulsion qui demande l’expulsion, une frustration : “We have some” !! C’est ce sentiment universel, évoqué par la pochette industrielle du disque, que les membres du groupe éponyme ont choisi d’explorer en musique. Biberonnés au punk-rock de Charles de Goal, nourris du son cold de Joy Division, influencés par le rock expérimental de The Fall (entre autres) les Frustration ont créé un album qui mêle énergie “mâle” et sensibilité à fleur de peau. Bénéficiant d’une solide expérience dans la musique underground (ex Teckels, Warum Joe, No Talents, actuellement Anteenagers MC) le quintet rock avec Fabrice au chant, Nicus à la guitare, Manu à la basse, Fred aux claviers et Mark à la batterie, parvient à faire oublier les maîtres. Et c’est bien à cette maturité artistique que l’on identifie les grands, qui les rend immédiatement reconnaissables : différents. Avec Relax (2008) on ne sombre jamais dans l’introspection dépressive, la colère vaut mieux car elle est un moteur, un élan vital. On ne peut pas dire que les textes soient à proprement parler “politiques”, mais ils ont une portée contestataire, “romantique” au sens initial du terme. Onze titres ravageurs figurent au compteur de cet album au rock sombre, puissant, enrichi d’effets électro et de petites trouvailles décalées. Les titres parlent d’eux-même : “Too many questions” (qui ne s’en pose pas), “She’s so tired” (qui ne l’est pas) ou encore “Waiting for the bad things” (on ne peut plus clair). Le phénomène identificatoire tourne à plein régime. Les tourments existentiels sont le cœur de l’album : passion déchirée (”Shake me”), amitié en péril (”Relax”), impuissance d’être au monde (”So many questions”), injustice sociale (”As they said”). Chaque titre est un univers à lui seul, comme le martial “Brothers” qui évoque d’un bon upercut la camaraderie de la “working class” et s’inspire des traumas de la guerre. Autre son de cloche avec l’ industriel “Shades from the past” morceau instrumental et inquiétant, qui élargit la palette des Frustrations. Le psychotique “Faster” clos l’album sur une note hurlante et vertigineuse, qui laisse exsangue et orphelin. Encensé par la presse rock, Frustration est une véritable machine de guerre, dont les concerts électriques vous embarquent sans vous demander votre avis. Signés chez Born Bad, label parisien indépendant et spécialiste du vrai rock’n'roll, Relax est également disponible en vinyle, évidemment indispensable !
Discographie : Full of sorrow (mini LP de 6 titres) versions 2004 & 2006 - Relax (album de 11 titres) 2008
Diamanda Galas, personnage hautement charismatique est contemporaine de la scène No-Wave new-yorkaise (1977-1983) mais revendique, contrairement à Lydia Lunch, une solide formation musicale : chant lyrique et piano. Dotée de 4 octaves et fervente lectrice d’Antonin Artaud, elle fera sien le concept du «Théâtre et son double ». La brune étincelante déclame ses textes allant parfois jusqu’au hurlement, en martelant les touches de son piano lors de performances extatiques. Les thèmes de ses concept-albums ne sont pas le fruit du hasard mais celui d’une véritable érudition : la maladie, l’amour et dernièrement le génocide arménien, lui inspirent des pièces musicales poignantes. « Sporting life » (1994) élaboré avec John Paul Jones - bassiste et claviériste de Led Zeppelin - est son album le plus rock et le plus accessible. On la considère généralement comme une artiste d’avant-garde.
Issue de la scène punk/new-wave et néanmoins très influencée par le jazz et le blues, Gitane Demone participera à l’avènement de la scène Death-Rock (1980) comme chanteuse et claviériste du mythique groupe « Christian Death ». Après une dizaine d’album avec le groupe qui connaîtra diverses formations, elle collabore entre autres avec le chanteur Rozz Williams à des projets parallèles. Expurgé du son rock, « Dream Home Heartache » (1995) est un album romantique et mature. Il marque un tournant dans la carrière musicale des deux complices, et révèle une sensibilité à fleur de peau. Dès 1989, Gitane entame une carrière solo qui la mènera à Amsterdam où elle poursuivra une carrière de chanteuse de jazz. Sur l’album « Facets of blue » elle reprend des standards tels que « Love for sale » de Cole Porter et interprète des titres plus personnels comme « Incendiary Lover », mêlant harmonieusement jazz, rock et expériences électroniques.






